La question fondamentale du suicide assisté n’a pas fini d’inspirer les artistes. Deux œuvres récentes nous posent la question : accepterions-nous d’accompagner une personne aimée dans son geste final après avoir reçu un diagnostic d’une maladie incurable, et ce, même si la loi l’interdit?
Le cinquième roman de ma bonne amie Andrée Condamin, Fin d’automne, et le dernier film de Pedro Almodóvar, La chambre d’à côté, nous conduisent avec finesse et beauté au cœur de cette question existentielle, surtout pour notre génération vieillissante.
Fin d’automne décrit avec tendresse les turbulences que déclenche le diagnostic de la maladie d'Alzheimer dans la vie d'Antoine et de Gabrielle, qui, à l’automne de leur vie, envisageaient avec confiance de vieillir ensemble. Comme la demande anticipée d’aide médicale à mourir (AMM) n’est pas permise au Québec au moment de la publication, l’auteure amène le couple à envisager le suicide de l’un d’eux avec l’aide active de l’autre.
Dans La chambre d’à côté, c’est le cancer en phase terminale de Martha qui forge la même situation, non pas dans un couple, mais chez deux amies. Déterminée à se suicider au moyen d’une pilule obtenue dans le darknet, Martha ne veut pas mourir seule. Elle demande à son amie Ingrid d’être présente dans la chambre d’à côté sans savoir quand son amie passera à l’acte.
Dans les deux cas, l’aide au suicide est illégale. Il est cependant plus facile, pour nous Québécois et Québécoises, surtout les baby-boomers, de s’identifier à Antoine et Gabrielle puisque l’action se passe au Québec alors que Martha et Ingrid sont new-yorkaises et esthètes très en moyens. Mais la question demeure tout aussi percutante dans les deux situations : pouvons-nous choisir notre propre mort?
Maintenant que la demande anticipée d’AMM est permise au Québec, tous les cas de sont pas réglés pour autant et des pressions continuent de s’exercer sur le gouvernement pour que la loi continue d’être élargie jusqu’à l’extrême : que toute personne puisse y avoir accès simplement sur demande, sans même un diagnostic d’une mort annoncée. Voir à ce sujet mon commentaire sur le livre Rendez-vous avec la mort d’Yves St-Arnaud, qui raconte le dernier tour de piste d’un homme de soixante-seize ans, relativement en bonne forme, qui a décidé de se suicider parce que sa vie est achevée, selon lui, et que le moment est venu d’échapper à une vie insignifiante et bientôt encombrante pour ses proches et pour la société.
La question fondamentale posée par Fin d’automne et La chambre d’à côté est cependant : comment mourir dans la dignité? Question que nous avons déjà abordée dans ce forum et qui est explorée brillamment dans le livre de Jean Desclos, L’aide médicale à bien mourir- les grands enjeux : « Mourir dans la dignité, c’est mourir respecté dans sa liberté et mourir accompagné. » (Page 190)
Je vous invite à lire Fin d’automne et à visionner La chambre d’à côté et, si le cœur vous en dit, de partager votre opinion, vos impressions et vos questions sur le suicide assisté : si votre partenaire de vie ou un ou une amie vous demandait de l’accompagner dans son suicide, que feriez-vous?


